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IL A CONVERTI KISS AU SWISS MADE

RENCONTRE Le Genevois Yvan Arpa a conçu des montres a la demande des superhéros du rock. Récit d'une semaine intense à Los Angeles, dans l'intimité du groupe.

Grand Angle - LE MATIN - by Renaud Malik

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Une semaine à Los Angeles dans l'intimité du groupe Kiss: c'est un drôle de voyage d'affaires que vient d'achever Yvan Arpa. Invité en Californie, le patron de la marque genevoise ArtyA a présenté aux quatre légendes du rock américain une série de montres conçues à leur effigie. L' occasion de poser les bases d'une possible collaboration entre ArtyA et cette énorme machinerie musicale et commerciale qu'est Kiss. Récit d'une rencontre «délirante», selon les termes d'un Yvan Arpa encore sous l'effet de l'émotion et du jetlag.

Passionnes d'horlogerie

Délirante? D'abord parce qu'en dépit des apparences, les superhéros grimaçants de Kiss se révèlent être d'authentiques passionnés d'horlogerie. «Ces types sont des grands collectionneurs, sourit Yvan Arpa. Un jour, j'ai reçu un courriel de mon distributeur australien disant qu'Eric Singer, le batteur, était un inconditionnel d'ArtyA. J'ai su que le reste du groupe suivait aussi ce que je faisais.» L'effet de surprise passé, l'horloger genevois commence a échanger des e-mails avec Eric Singer. Une rencontre à Los Angeles est agendée et Yvan Arpa s'attelle a l'élaboration d'une ligne de montres dédiée au groupe. L'idée: incruster dans les cadrans des accessoires utilisés par Stanley, Simmons & Co. Le batteur se charge de fournir la matière premiere, envoyant gracieusement par la poste cordes de guitare ou plectres.

Lorsqu'il s'envole pour Los Angeles, debut octobre, Yvan Arpa a des montres plein sa valise. Mais une idée encore assez vague de ce que lui reserve son séjour. «Cela devait être une rencontre informelle. Ni les avocats ni les agents n'avaient été impliqués. D'habitude, quand une marque veut associer son image à Kiss, on lui facture 50 000 dollars le premier entretien. Moi, on ne m'a rien demandé.»

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Répétitions 


Sur place, il ira de surprise en surprise. Accueilli en toute simplicité à l'aéroport par le batteur du groupe, le Genevois est conduit à Beverly Hills, dans l'immense villa du bassiste Gene Simmons. Puis dans un studio où le groupe achève l'enregistrement de son prochain album, «Monster». Avant d'assister, plus tard dans la semaine, aux répétitions du Monster Tour, vaste tournée des stades qui débutera en 2012. «C'était du délire, s'exclame Yvan Arpa. J'ai eu droit à un vrai concert privé!»


C'est dans l'intimité d'un studio d'enregistrement, face au groupe au grand complet, que le créateur a dévoilé ses montres. «Ils m'ont dit qu'ils avaient passé plusieurs heures sur le site d'Artya, à regarder mes créations. Ils ont aimé les montres Kiss, et m'en ont acheté certaines. On a aussi discuté d'une possible collaboration, même si tout doit encore être finalisé.» Parmi les idées avancées: l'éventualité qu'un des musiciens soit «foudroyé» dans un des ateliers d'Artya, selon la technique utilisée pour la fabrication des montres de la marque .

Une collaboration Artya/Kiss pour bientôt? Yvan Arpa y croit, mais se montre prudent. Bien conscient que les rockers californiens sont certes des passionnés d'horlogerie, mais aussi de redoutables hommes d'affaires. Hasard du calendrier, un documentaire intitulé «Kiss Inc.», consacré au business colossal autour du groupe, sort ces jours-ci aux Etats-Unis. «Kiss, c'est un énorme phénomène marketing, commente l'horloger. Ils ont fait plus de 3000 produits dérivés, et ils sont courtisés par les plus grandes marques. Ils ont même une Mini Cooper et des fringues Hello Kitty à leur nom! Evidemment qu'un partenariat avec moi, ça ne se fera pas en un claquement de doigts. De toute façon, je suis heureux avec le fun d'aujourd'hui.»

Yvan Arpa, horloger anticonformiste

PORTRAIT «L'ADN de ma marque, c'est la créativité», résume Yvan Arpa, qui a créé Artya il n'y a pas deux ans. Le concept développé par cet ex-directeur de Hublot? Une personnalisation à l'extrême des montres et des procédés de fabrication peu conventionnels. Les boîtiers sont ainsi «foudroyés» en atelier, à l'aide d'une bobine Tesla, machine électrique permettant d'atteindre de très hautes tensions et de sculpter le métal. Les cadrans, eux, sont façonnés par l'épouse de l'horloger, Dominique, qui y incorpore des matériaux allant de l'excrément de dinosaure fossilisé jusqu'à la balle de revolver. Les bracelets, enfin, sont souvent en peau de crapaud, matériau que l'horloger dit être le seul au monde à utiliser. Autant d'éléments qui séduisent une clientèle toujours plus nombreuse: «Une bonne frange de mes clients est fatiguée d'avoir la même montre que le voisin. Fabriquer des modèles uniques, c'est une niche très rentable. Et puis des idées, j'en ai encore pleins mes tiroirs!» ?

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